L’Argentine du président de la Rua
L’Argentine du président de la Rua doit encore rénover ses structures (le 27 août 2001)
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d’Echanges et Coopération pour l’Amérique Latine-CECAL, Genève-Suisse, www.cecal.net
M. Tony Blair a rencontré M. De la Rua le 1er août dernier dans le spectaculaire décor des chutes d’Iguazu, à la frontière brésilienne. Le centre des discussions a été sans doute, la recherche des solutions possibles aux problèmes que traverse l’Argentine. Le Président argentin désire un engagement des pays européens pour rétablir les déséquilibres macroéconomiques. Le domaine économique est l’un des facteurs mis en cause mais d’autres variables ont également précipité la crise.
Tout d’abord la situation politique interne. De la Rua est arrivé au pouvoir avec le parti justicialiste de l’ancien Président Raul Alfonsin. Depuis son installation, le 10 décembre 1999, son gouvernement n’a pas réussi à trouver une stabilité et les mesures appliquées n’étaient pas appropriées pour lutter contre la récession. Il a du changer le Ministre de l’économie à plusieurs reprises et accepter finalement de nommer M. Cavallo -ancien ministre Menem et père de la convertibilité- en dernier ressort pour rétablir la confiance des investisseurs étrangers. Mais le gouvernement De la Rua ne trouve pas uniquement des adversaires politiques dans les partis d’opposition mais surtout dans son propre parti. De la Rua n’a pas été capable de diriger son propre parti. Ceci a permis à M. Alfonsin de devenir un personnage politique plus important que le Président. Alfonsin n’a pas approuvé le programme économique De la Rua et ses déclarations permanentes ont fait basculer le marché des capitaux : il déclarait le 12 octobre 2000 que la parité 1 peso = 1 dollar était une « bombe à retardement » et le 2 novembre 2000 que l’Argentine devait déclarer le moratoire de sa dette extérieure.
Fin juillet dernier, le Congrès a approuvé le plan d’austérité visant à atteindre un déficit fiscal zéro à la fin de l’année. Les mesures à prendre (réduction drastique des dépenses publiques et de nouveaux mécanismes d’imposition), peuvent être considérées comme un compromis des partis politiques en vue des élections parlementaires d’octobre prochain. Mais ce compromis ne semble pas aider à résoudre les problèmes économiques de base.
Le scénario économique est le plus inquiétant. La conjoncture est différente de celle des années 90. Les mesures appliquées par Cavallo pendant les gouvernements Menem avaient réussi à contrôler l’hyper-inflation, grâce à la convertibilité. Mais Cavallo a été piégé par le déficit fiscal. Celui-ci ne représente pas une cause des déséquilibres actuels mais en est plutôt une conséquence. Pendant les dernières années les dépenses de l’Etat ont résulté de l’augmentation de la bureaucratie au détriment des secteurs productifs. La production n’a pas évolué en termes de croissance et les emplois dans le secteur public -pas forcément productifs- ont augmenté, de même qu’une législation assez protectrice empêchant des licenciements à court terme, a été mise en place.
Le volet social semble être contradictoire. Tous les secteurs expriment leurs protestations contre les mesures du gouvernement basées principalement sur la réduction des salaires et des rentes de retraités. La situation semble inégalitaire au vu de la composition de la masse des travailleurs. Les salaires du secteur public atteignent en moyenne US$ 750 et ceux du secteur privé US$ 400. Ceci est aussi le résultat du développement d’un clientélisme politique: les conseillers des députés régionaux ou nationaux ont augmenté de même que les honoraires des politiciens. En conséquence, diminuer le déficit fiscal en s’attaquant uniquement à la réduction des salaires des travailleurs ne peut pas engendrer de résultats favorables, de même que le conflit social peut s’aggraver.
Tous ces déséquilibres sont renforcés par la faiblesse politique du gouvernement. Une fois de plus il s’avère qu’en Amérique latine, les gouvernements de coalition sont trop faibles pour gouverner un pays. La croissance de l’Argentine des années 50 est en cause. Les classes moyennes qui étaient habituées à vivre comme les Européens doivent se serrer la ceinture. La planche à billets qui permettait à l’Argentine de financer les dépenses du gouvernement n’existe plus. Il reste seulement à essayer de changer les mentalités et à reconstruire le système productif. Et pour cela l’aide externe est nécessaire.
Article publié dans l’Agefi-Suisse, www.agefi.ch, le 27 août 2001
Tout d’abord la situation politique interne. De la Rua est arrivé au pouvoir avec le parti justicialiste de l’ancien Président Raul Alfonsin. Depuis son installation, le 10 décembre 1999, son gouvernement n’a pas réussi à trouver une stabilité et les mesures appliquées n’étaient pas appropriées pour lutter contre la récession. Il a du changer le Ministre de l’économie à plusieurs reprises et accepter finalement de nommer M. Cavallo -ancien ministre Menem et père de la convertibilité- en dernier ressort pour rétablir la confiance des investisseurs étrangers. Mais le gouvernement De la Rua ne trouve pas uniquement des adversaires politiques dans les partis d’opposition mais surtout dans son propre parti. De la Rua n’a pas été capable de diriger son propre parti. Ceci a permis à M. Alfonsin de devenir un personnage politique plus important que le Président. Alfonsin n’a pas approuvé le programme économique De la Rua et ses déclarations permanentes ont fait basculer le marché des capitaux : il déclarait le 12 octobre 2000 que la parité 1 peso = 1 dollar était une « bombe à retardement » et le 2 novembre 2000 que l’Argentine devait déclarer le moratoire de sa dette extérieure.
Fin juillet dernier, le Congrès a approuvé le plan d’austérité visant à atteindre un déficit fiscal zéro à la fin de l’année. Les mesures à prendre (réduction drastique des dépenses publiques et de nouveaux mécanismes d’imposition), peuvent être considérées comme un compromis des partis politiques en vue des élections parlementaires d’octobre prochain. Mais ce compromis ne semble pas aider à résoudre les problèmes économiques de base.
Le scénario économique est le plus inquiétant. La conjoncture est différente de celle des années 90. Les mesures appliquées par Cavallo pendant les gouvernements Menem avaient réussi à contrôler l’hyper-inflation, grâce à la convertibilité. Mais Cavallo a été piégé par le déficit fiscal. Celui-ci ne représente pas une cause des déséquilibres actuels mais en est plutôt une conséquence. Pendant les dernières années les dépenses de l’Etat ont résulté de l’augmentation de la bureaucratie au détriment des secteurs productifs. La production n’a pas évolué en termes de croissance et les emplois dans le secteur public -pas forcément productifs- ont augmenté, de même qu’une législation assez protectrice empêchant des licenciements à court terme, a été mise en place.
Le volet social semble être contradictoire. Tous les secteurs expriment leurs protestations contre les mesures du gouvernement basées principalement sur la réduction des salaires et des rentes de retraités. La situation semble inégalitaire au vu de la composition de la masse des travailleurs. Les salaires du secteur public atteignent en moyenne US$ 750 et ceux du secteur privé US$ 400. Ceci est aussi le résultat du développement d’un clientélisme politique: les conseillers des députés régionaux ou nationaux ont augmenté de même que les honoraires des politiciens. En conséquence, diminuer le déficit fiscal en s’attaquant uniquement à la réduction des salaires des travailleurs ne peut pas engendrer de résultats favorables, de même que le conflit social peut s’aggraver.
Tous ces déséquilibres sont renforcés par la faiblesse politique du gouvernement. Une fois de plus il s’avère qu’en Amérique latine, les gouvernements de coalition sont trop faibles pour gouverner un pays. La croissance de l’Argentine des années 50 est en cause. Les classes moyennes qui étaient habituées à vivre comme les Européens doivent se serrer la ceinture. La planche à billets qui permettait à l’Argentine de financer les dépenses du gouvernement n’existe plus. Il reste seulement à essayer de changer les mentalités et à reconstruire le système productif. Et pour cela l’aide externe est nécessaire.
Article publié dans l’Agefi-Suisse, www.agefi.ch, le 27 août 2001


