La crise argentine et les élections au Brésil
La crise argentine et les élections au Brésil bouleversent le Mercosur (le 28 novembre 2001)
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d’Echanges et Coopération pour l’Amérique latine, www.cecal.net
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d’Echanges et Coopération pour l’Amérique latine, www.cecal.net
Lors de l’élection de M. Bush, les Etats-Unis avaient comme priorité de renforcer leurs liens avec les pays latino-américains. Ils avaient encouragé la création d’une zone de libre échange lors du IIIème Sommet des Amériques au Québec en avril dernier, pour 2003. Ils avaient considéré le Mexique de M. Fox comme l’interlocuteur privilégié pour dynamiser l’économie de la région, sur la base de l’ALENA.
Les attentats du 11 septembre ont changé radicalement le centre de préoccupation de la politique américaine. Les liens avec l’Europe pour lutter contre les islamistes terroristes en Afghanistan et Moyen Orient, deviennent la priorité. Ce virage drastique laisse les 34 pays latino-américains « sur la touche »et en proie à une fragilisation de leurs structures démocratiques. Un climat d’insécurité peut exacerber la corruption et augmenter le chômage.
Le Mercosur, le système d’intégration le plus développé de l’Amérique latine, sera contraint à se ralentir aussi suite à des facteurs conjoncturels des deux principaux associés, l’Argentine et le Brésil.
En Argentine, la méfiance incarnée par le gouvernement de la Rua s’est vue augmentée lors des élections législatives du 14 octobre dernier. La coalition du Président a perdu la majorité au Sénat. Le vote de protestations des Argentins, qui ne croient plus aux options politiques actuelles, a permis au Péronisme de devenir la première force politique. Le clientélisme péroniste, une des causes de la présente crise, peut précipiter un chaos généralisé. Les conflits sociaux ont augmenté suite au programme du FMI. Les mesures du Ministre de l’économie, M. Cavallo, pour contrôler le déficit fiscal et réactiver l’économie se sont centrés sur la réduction des dépenses publiques. Le risque du pays pour les investisseurs s’est élevé et on estime que les fuites de capitaux produites entre juillet et août, s’élèveraient à US$ 8 mille millions. Le plan gouvernemental présenté le 1er novembre offre aux créanciers le rééchelonnement de la dette sur la base de l’obtention d’une réduction du taux d’intérêt jusqu’à 7% au lieu du 11% actuel ; ceci leur permettrait une économie de US$ 4 mille millions et une réduction d’une certaine manière du déficit fiscal.
Les répercussions de la crise argentine se font sentir sur leur principal associé de la région, le Brésil. Sur le plan commercial, les entreprises brésiliennes installées en Argentine souffrent d’un manque de capital du travail suite à la restriction de crédits et à la réduction des ventes. Les importations argentines en provenance du Brésil se sont vues punies avec l’élimination des avantages tarifaires dont bénéficiaient, par exemple, les équipements de télécommunications et informatique : les produits brésiliens perdent de la compétitivité et maintenant il est plus attirant de les importer directement de l’Europe. Sur le plan financier, la fuite de capitaux semble s’étendre au Brésil. Le taux de change par rapport au dollar augmente et la Banque Centrale a décidé d’élever les taux d’intérêts, situation qui complique encore la tâche des entreprises brésiliennes.
Sur le plan politique, en octobre 2002, les Brésiliens doivent élire un nouveau Président. Le modèle d’ouverture économique expérimenté pendant les gouvernements Cardoso (1995-2001) pourrait être renversé si le candidat des travailleurs, M. Lula, favori selon les sondages, gagnait les élections.
Les grands pays latino-américains, ayant le rôle de locomotive dans la région, restent les alliés principaux des organismes financiers et des pays industrialisés. Le secours du Mexique en 1995, du Brésil en 1999, et de l’Argentine en 2001, montrent que le FMI et les pays occidentaux demeurent vigilants pour fournir des aides financières et éviter des déséquilibres macroéconomiques généralisés. La forteresse ou la faiblesse du Mercosur est le thermomètre de stabilité de la région. Réduire les incertitudes politiques et économiques, en temps opportun, devient une priorité dans les relations interdépendantes entre les économies organisées et émergentes.
Article publié dans l’Agefi-Suisse, www.agefi.com, le 28 novembre 2001
Lors de l’élection de M. Bush, les Etats-Unis avaient comme priorité de renforcer leurs liens avec les pays latino-américains. Ils avaient encouragé la création d’une zone de libre échange lors du IIIème Sommet des Amériques au Québec en avril dernier, pour 2003. Ils avaient considéré le Mexique de M. Fox comme l’interlocuteur privilégié pour dynamiser l’économie de la région, sur la base de l’ALENA.
Les attentats du 11 septembre ont changé radicalement le centre de préoccupation de la politique américaine. Les liens avec l’Europe pour lutter contre les islamistes terroristes en Afghanistan et Moyen Orient, deviennent la priorité. Ce virage drastique laisse les 34 pays latino-américains « sur la touche »et en proie à une fragilisation de leurs structures démocratiques. Un climat d’insécurité peut exacerber la corruption et augmenter le chômage.
Le Mercosur, le système d’intégration le plus développé de l’Amérique latine, sera contraint à se ralentir aussi suite à des facteurs conjoncturels des deux principaux associés, l’Argentine et le Brésil.
En Argentine, la méfiance incarnée par le gouvernement de la Rua s’est vue augmentée lors des élections législatives du 14 octobre dernier. La coalition du Président a perdu la majorité au Sénat. Le vote de protestations des Argentins, qui ne croient plus aux options politiques actuelles, a permis au Péronisme de devenir la première force politique. Le clientélisme péroniste, une des causes de la présente crise, peut précipiter un chaos généralisé. Les conflits sociaux ont augmenté suite au programme du FMI. Les mesures du Ministre de l’économie, M. Cavallo, pour contrôler le déficit fiscal et réactiver l’économie se sont centrés sur la réduction des dépenses publiques. Le risque du pays pour les investisseurs s’est élevé et on estime que les fuites de capitaux produites entre juillet et août, s’élèveraient à US$ 8 mille millions. Le plan gouvernemental présenté le 1er novembre offre aux créanciers le rééchelonnement de la dette sur la base de l’obtention d’une réduction du taux d’intérêt jusqu’à 7% au lieu du 11% actuel ; ceci leur permettrait une économie de US$ 4 mille millions et une réduction d’une certaine manière du déficit fiscal.
Les répercussions de la crise argentine se font sentir sur leur principal associé de la région, le Brésil. Sur le plan commercial, les entreprises brésiliennes installées en Argentine souffrent d’un manque de capital du travail suite à la restriction de crédits et à la réduction des ventes. Les importations argentines en provenance du Brésil se sont vues punies avec l’élimination des avantages tarifaires dont bénéficiaient, par exemple, les équipements de télécommunications et informatique : les produits brésiliens perdent de la compétitivité et maintenant il est plus attirant de les importer directement de l’Europe. Sur le plan financier, la fuite de capitaux semble s’étendre au Brésil. Le taux de change par rapport au dollar augmente et la Banque Centrale a décidé d’élever les taux d’intérêts, situation qui complique encore la tâche des entreprises brésiliennes.
Sur le plan politique, en octobre 2002, les Brésiliens doivent élire un nouveau Président. Le modèle d’ouverture économique expérimenté pendant les gouvernements Cardoso (1995-2001) pourrait être renversé si le candidat des travailleurs, M. Lula, favori selon les sondages, gagnait les élections.
Les grands pays latino-américains, ayant le rôle de locomotive dans la région, restent les alliés principaux des organismes financiers et des pays industrialisés. Le secours du Mexique en 1995, du Brésil en 1999, et de l’Argentine en 2001, montrent que le FMI et les pays occidentaux demeurent vigilants pour fournir des aides financières et éviter des déséquilibres macroéconomiques généralisés. La forteresse ou la faiblesse du Mercosur est le thermomètre de stabilité de la région. Réduire les incertitudes politiques et économiques, en temps opportun, devient une priorité dans les relations interdépendantes entre les économies organisées et émergentes.
Article publié dans l’Agefi-Suisse, www.agefi.com, le 28 novembre 2001


