La dollarisation n’est plus adaptée aux économies
La dollarisation n’est plus adaptée aux économies (22 mars 2005, L'Agefi )
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d'Echanges et Coopération pour l'Amérique latine, www.cecal.net
Dans la configuration des zones monétaires entre le dollar américain, l’Euro et le yen japonais, les modèles de dollarisation mis en pratique en Amérique latine ne peuvent pas être négligés.
Depuis le 8 novembre dernier, Fidel Castro a interdit le dollar américain comme moyen de paiement et l’a remplacé par le peso convertible. Rappelons que lors de l’abandon de l’empire soviétique en 1989, Cuba n’avait pas d’autre option que d’accepter la dollarisation. Les devises, en provenance des investissements externes, du tourisme, des renvois des Cubains de l’étranger et de leurs salaires issus des entreprises étrangères, étaient autorisées à circuler dans l’économie domestique. Ceci a permis de financer la nourriture, la santé et le transport dans l’île en évitant les révoltes, mettant en péril le régime installé depuis maintenant 46 ans.
A Cuba comme en Argentine, en Equateur et au Salvador, l’objectif de la dollarisation dans le court terme a été l’équilibre du secteur fiscal des économies. Les différences se trouvent dans les instruments utilisés, les résultats obtenus et les objectifs de long terme. A Cuba, la dollarisation s’est installée de manière circonstancielle, pour permettre au régime de remplacer les recettes des marchés et les subventions octroyées auparavant par la Russie. Dans les autres pays de l’Amérique latine, la dollarisation s’est imposée pour contrôler l’hyper-inflation, changer le système monétaire suivant les recommandations du FMI et probablement établir une zone dollar. Dans ce dernier cas, la dollarisation signifiait la perte de la souveraineté et de l’autonomie des Etats dans leurs politiques monétaires ; la Réserve Fédérale pouvait remplacer les Banques Centrales des pays et contrôler l’offre monétaire ; les taux d’intérêts internes égalisaient les taux externes favorisant la compétitivité, la libéralisation et la privatisation des économies, etc. Les résultats sont connus : l’économie argentine a collapsé et a généré l’augmentation des prix des biens et services, la destruction de l’industrie nationale et la fuite des capitaux. Ce modèle de dollarisation s’est confronté aux diversités structurelles et conjoncturelles des pays, aux blocs d’intégration tels que le Mercosur et la Communauté Andine, et à l’absence d’institutions établissant une politique monétaire commune. Cuba n’a pas pris ce risque et la dollarisation a aussi été écartée.
Comment interpréter l’interdiction du dollar américain dans l’économie cubaine ? Du point de vue économique, Cuba facilite l’ouverture commerciale et peut envisager des négociations avec l’Union européenne, suivant le cas du Chili, du Mexique et du Mercosur. L’embargo américain sur l’aide externe déclaré par Kennedy en 1961 pourrait disparaître de même que les mesures imposées par la loi Torricelli de 1992, interdisant la commercialisation avec des opérateurs cubains, et celles de la loi Helms-Burton de 1996, interdisant l’investissement de capitaux dans l’île. Le rapprochement de Cuba de l’Europe contribuerait à contrecarrer la position américaine sur la création de la zone de libre échange des Amériques. Du point de vue politico-stratégique, Cuba renforcerait son rôle d’interlocuteur avec l’Espagne et le Portugal lors des Sommets Ibero-américains ; son isolement de l’OEA depuis 1962 et des Sommets des Amériques depuis 1994 pourrait être compensé par un engagement auprès des instances européennes.
L’économie cubaine semble s’adapter à la mondialisation pouvant devenir une prolongation de la zone Euro. Mais le libéralisme économique et la démocratie préconisés par l’Europe ne réconcilieront pas Cuba et les Etats-Unis et n’élimineront pas les sentiments anti-américains.


