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"INVESTISSEMENTS ETRANGERS ET MILIEU LOCAL" (*)
Vincent GOUESET

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PRESENTATION DE L'OUVRAGE:


"Au cours de la dernière décennie, les investissements des entreprises à l'étranger ont connu une formidable progression, qui constitue une des manifestations les plus spectaculaires de la mondialisation de l'économie. Les entreprises, mêmes petites, fonctionnent de plus en plus à une échelle internationale, multipliant les implantations, les rachats ou les fusions à l'étranger. Ces investissements ne concernent pas seulement l'industrie, mais aussi l'agro-alimentaire, la grande distribution commerciale, les finances, le tourisme, ou encore le secteur des télécommunications."


"De nombreux travaux descriptifs et explicatifs, voire des modèles interprétatifs d'ordre plus théorique, ont été produits au cours des dernières années sur le phénomène des investissements étrangers. Moins fréquentes sont en revanche les analyses qui s'attachent à évaluer les conséquences de ces flux sur le " milieu local ", c'est-à-dire sur le cadre territorial dans lequel ils s'insèrent: l'espace, les hommes, les activités, les acteurs, le mode de fonctionnement, la culture régionale.".


"Comment par exemple les entreprises prennent-elles en compte les caractéristiques du territoire dans lequel elles s'implantent? Qu'est-ce qui rend un territoire attractif ou non pour les entreprises internationales? Inversement, quelles sont les conséquences économiques, sociales ou culturelles de l'installation d'une firme étrangère? Quels sont les effets sur le tissu local d'une délocalisation d'entreprise? Quelle est la marge de manoeuvre des pouvoirs publics locaux face à ces mouvements d'envergure internationale?"


"Pour répondre à l'ensemble de ces questions, le RESO, laboratoire de géographie de l'Université de Haute Bretagne, a organisé à Rennes en octobre 1998 un colloque international intitulé "Investissements étrangers et milieu local", qui a réuni des chercheurs et des acteurs du développement économique local. Le présent ouvrage, qui réunit les contributions les plus significatives du colloque, prolonge la réflexion à partir d'exemples variés, choisis en France et dans le reste du monde."



PREMIERE PARTIE: LA FIRME MULTINATIONALE, LES POUVOIRS PUBLICS ET LE TERRITOIRE


Sans doute la logique de la mondialisation, et plus précisément la tendance des entreprises à investir loin du milieu local dont elles sont issues, n'est-elle pas un fait nouveau, puisqu'elle nous renvoie aux sources anciennes du capitalisme et de " l'économie-monde " chère à F. Braudel et I. Wallerstein, quand, grâce aux transports maritimes, au commerce transatlantique et à la monétarisation des échanges, les premières " firmes multinationales " ont vu le jour. Pour autant, les relations entre les entreprises et le milieu local sont longtemps restées étroites: l'entreprise exerçait l'essentiel de ses activités sur son territoire d'origine, où elle réinvestissait l'essentiel de ses bénéfices. Cette relation de proximité s'est progressivement distendue, au cours des cycles successifs de développement du capitalisme, et à la faveur des bouleversements politiques, techniques et économiques qui ont caractérisé les deux dernières décennies, les échanges internationaux, en particulier les investissements directs à l'étranger (IDE), ont connu un formidable bond en avant.


Dans ces conditions, les relations qui unissaient les entreprises au territoire ont évoluées. Elles obéissent à des logiques de plus en plus complexes. Les firmes investissent dans des espaces de plus en plus lointains et différents de leur milieu d'origine, en suivant des stratégies qui leur sont propres, et qui n'ont que peu de liens avec les territoires concernés. Les investissements à l'étranger se font parfois au détriment du territoire d'origine des firmes (c'est le risque dénoncé à propos des délocalisations), et ils ont le plus souvent un effet économique bénéfique dans les espaces d'accueil (mais pas toujours). Pourtant, les firmes entretiennent le plus souvent des liens distants avec les territoires où elles s'implantent, n'étant pas engagées à leur égard par un quelconque lien de solidarité ou d'attachement durable. D'où l'importance, dans cette dialectique " firme internationale - territoire local ", d'un tiers acteur dont le jeu est crucial: les pouvoirs publics. En effet, alors que les Etats centraux, naguère très interventionnistes, ont progressivement renoncé à de nombreuses prérogatives sur le contrôle des entreprises privées, les collectivités locales ont paradoxalement renforcé leur propre pouvoir d'intervention, et entendent désormais, avec une légitimité qu'on ne saurait leur contester, accompagner le flot des investissements étrangers: séduire et attirer les entreprises étrangères; faciliter leur installation, pour faire en sorte que celle-ci soit durable; veiller à ce que l'intérêt des firmes étrangères converge - ou du moins ne s'oppose pas - à celui des territoires locaux; aider enfin les entreprises locales à se développer à l'étranger.


L'investissement à l'étranger, c'est donc un drôle de "ménage à trois", c'est la rencontre de trois entités dont la nature, la fonction et les aspirations sont très différentes: une entreprise, porteuse d'un projet qui lui est propre; un pouvoir local dont la mission et les objectifs sont tout autres; et un territoire, riche d'aménités et d'inerties qui en font un milieu unique, avec ses atouts et ses handicaps. L'objectif de cette première partie est d'explorer de façon théorique cette curieuse rencontre, au besoin en s'appuyant sur l'étude d'exemples localisés.


Les deux premiers chapitres mettent l'accent, en s'appuyant sur le constat très simple que les firmes multinationales n'ont pas pour vocation de veiller au développement du milieu local, soulignent la responsabilité essentielle qui incombe aux gouvernements locaux, à la fois pour attirer les entreprises étrangères, pour veiller à "endogénéiser" autant qu'il est possible les activités qu'elles induisent, et pour aider les entreprises locales à s'internationaliser. En revanche, comme le souligne le chapitre 2, les collectivités locales n'ont pas toujours une grande emprise sur l'inertie des territoires, qui est liée à leur passé et aux caractéristiques de leurs structures productives. L'efficacité des interventions publiques en faveur des IDE n'est d'ailleurs pas toujours à la hauteur des efforts déployés, et surtout, elle est loin d'être prévisible.


Le chapitre 3 montre que, dans le contexte d'internationalisation et de forte " concentration réticulaire " qui caractérise l'économie contemporaine, les investissements étrangers peuvent avoir des actions soit fortement structurantes, soit déstructurantes (et négatives) sur les milieux locaux qui leur servent de support. Selon les cas, un cercle vertueux de croissance cumulative, ou au contraire un cercle vicieux de marginalisation peuvent se mettre en place.


Le chapitre 4 s'attaque à une question très sensible, et injustement polémique, selon l'auteur, qui est celle de l'effet des délocalisations sur l'espace de départ des firmes multinationales local (l'étude porte ici sur la France). Les délocalisations, en général soupçonnées de détruire l'emploi local, pour créer de la concurrence à l'étranger, n'auraient en définitif pas un impact aussi négatif que certains groupes de pression - parfois relayés par les élus locaux - ne le donnent à penser. Les trois chapitres suivants illustrent avec bonheur les thèses avancées dans les premiers chapitres sur le rôle de l'initiative publique, et plus précisément celui des collectivités locales, pour attirer les investissements étrangers et surmonter les handicaps liés à la " périphicité " de nombreuses régions européennes. Ensuite, les exemples de la Catalogne (chapitre 6) et de la banlieue parisienne (chapitre 7) montrent clairement que les élus locaux ont compris tout le parti qu'ils pouvaient tirer des investissements étrangers, pour insuffler localement davantage de dynamisme. Ils nous montrent cependant que leur marge de manoeuvre n'est pas illimitée: en dernier ressort, c'est la firme étrangère qui impose la stratégie qui lui convient.


Pour finir, le chapitre 8 nous rappelle le rôle fondamental joué par l'essor des téléservices et par la mutation informationnelle dans les stratégies de redéploiement territorial auxquelles se livrent actuellement les entreprises multinationales.



Chapitre 1. La firme internationale. Son espace d'accueil et de départ. La firme de l'ouest, la firme dans l'ouest? par Marc HUMBERT


Chapitre 2. Compétition des différents niveaux de gouvernement dans l'offre d'attractivité locale en Europe: le cas des infrastructures publiques territorialisées et de la création de réseaux locaux de compétitivité par Maurice BASLÉ


Chapitre 3. Firmes multinationales et tissu local: l'importance de la co-structuration par Frédéric CARLUER


Chapitre 4. Les délocalisations: une analyse positive par Daniel DELALANDE


Chapitre 5. L'attitude des collectivités territoriales face aux investissements étrangers: régions centrales et régions périphériques par Jean-Claude BOYER


Chapitre 6. Les collectivités territoriales dans la "course aux investissements": le cas des acteurs locaux en Catalogne par Yolaine CULTIAUX


Chapitre 7. Les élus locaux face aux investissements étrangers dans une banlieue industrielle francilienne: la zone centre de la Seine Saint-Denis par Jeanine COHEN


Chapitre 8. La mutation informationnelle et son impact sur les stratégies territoriales des entreprises: l'émergence des téléservices par Yves THÉPAUT



DEUXIEME PARTIE: L'IMPACT LOCAL DES INVESTISSEMENTS ETRANGERS DANS LES PAYS "EMERGENTS" (AMERIQUE LATINE, CHINE, EUROPE DE L'EST)


Comme le rappellent d'année en année les statistiques des Nations unies sur les investissements étrangers dans le monde, les flux d'IDE restent foncièrement un privilège de pays riches. En effet, les trois pôles majeurs de la Triade (Amérique du nord, Japon, Europe de l'ouest) ont reçu 70 % et émis 90 % des flux mondiaux d'investissements directs au cours des 15 dernières années. Ces pays disposent à la fois des firmes les plus agressives à l'échelle planétaire, et des meilleures conditions, en termes de débouchés ou de facteurs locaux de production, pour accueillir les capitaux étrangers.


Pour autant, parmi les pays qu'on regroupera par commodité sous le vocable " d'émergents " (pays des anciens deuxième et troisième monde, qui se distinguent par l'importance de leur production économique, par leur degré d'industrialisation et/ou par leur taux de croissance), plusieurs régions ont connu une percée remarquée dans la géographie mondiale des IDE au cours des années 90. Ce sont surtout, par ordre croissant d'importance, l'Europe centrale et orientale, du fait des privatisations et de l'ouverture soudaine aux investissements étrangers; l'Amérique latine, grâce au rétablissement des économies régionales dans les années 90, qui est en grande partie le résultat des politiques d'ajustements structurels qui y ont été menées (la réglementation des investissements étrangers s'est considérablement assouplie, et la vague massive de privatisations n'a pas manqué de les attirer); l'Asie méridionale et orientale enfin, où l'essor spectaculaire des dragons, des bébés tigres, et surtout du géant chinois (qui est devenu le deuxième foyer d'investissements étrangers au monde, après les Etats-Unis), a séduit de nombreuses firmes, du moins jusqu'au récent retournement de conjoncture.


Même si les volumes d'investissement considérés sont parfois modestes, en comparaison avec ceux observés dans les pays de la Triade, leur impact local est en général considérable, dans la mesure où les investissements domestiques restent comparativement modestes, et où les firmes étrangères, qui sont perçues à la fois avec crainte (en raison des restructurations qu'elles provoquent, et de la perte d'autonomie qu'elles représentent), et avec beaucoup d'expectatives (par les pouvoirs publics et les collectivités locales notamment), contribuent à moderniser et à transformer en profondeur les caractéristiques de l'appareil productif local.


Mais il ressort des exemples abordés ici que les effets des investissements étrangers sur le milieu local sont loin d'être " mécaniques ", que tout est affaire de contexte, et que leurs impacts dépendent autant des caractéristiques du milieu local que de la nature, des objectifs et des formes prises par ces investissements.


Les chapitres 9 à 11 portent sur l'Amérique latine (Argentine, Chili, Colombie et Mexique). Ils permettent de voir que, même si les investissements étrangers se concentrent dans les plus grandes métropoles (où leurs effets, paradoxalement, sont en partie atténués par l'effet de gigantisme des villes concernées - ici Buenos Aires), leur impact est souvent plus fort dans les villes moyennes et les régions périphériques (du moins dans celles, peu nombreuses, qui ont la chance d'en profiter). Ils peuvent cependant s'y accompagner de sérieux effets pervers, et surtout s'avérer peu durables.


La Chine (chapitre 12), constitue un exemple très singulier. Eblouis par le mirage du " milliard de consommateurs ", attirés par le caractère sinon vierge, du moins encore pionnier du marché local, et séduits par les facilités qu'offre désormais le gouvernement chinois, les investisseurs étrangers s'y ruent actuellement en masse, surtout dans les régions les plus attrayantes (les villes du littoral), dont la croissance spectaculaire contraste avec le marasme relatif des régions intérieures. A tel point que les autorités locales se trouvent parfois en mesure d'imposer leurs conditions aux firmes étrangères.


En Europe centrale, les investissements étrangers jouent désormais un rôle largement discriminant, comme le montre le chapitre 13, en favorisant les pays et les régions ayant le mieux abordé la phase de transition économique (Pologne, Hongrie, République tchèque), et en délaissant les autres. Les investissements étrangers n'ont pas seulement permis de recapitaliser et de restructurer en profondeur l'industrie locale, devenue si peu compétitive. Ils ont également fait irruption dans des secteurs moins attendus, comme la grande distribution commerciale en Pologne (chapitre 14), ou l'agro-alimentaire, avec l'exemple plus précis de la viticulture hongroise (chapitre 15). Les investissement étrangers, en important des modes de gestion et des pratiques inconnus dans les ex-pays socialistes, ont transformé durablement (et douloureusement) les filières d'activité concernées.



Chapitre 9. L'impact des investissements étrangers sur le milieu local en Amérique latine. Etude comparée de trois exemples en Argentine, en Colombie et au Mexique par Vincent GOUËSET


Chapitre 10. Les effets de la concentration dans le Norte Grande des investissements étrangers au Chili: les impacts régionaux du boom minier des années 1990 par Anne-Laure AMILHAT SZARY


Chapitre 11. Le rôle de la grande distribution étrangère dans les recompositions territoriales de l'agglomération de Buenos-Aires par Guénola CAPRON


Chapitre 12. Investir en Chine: contexte, contraintes, attentes, perspectives par Françoise HAY et Yunnan SHI


Chapitre 13. Les pays d'Europe centrale et orientale face aux investissements étrangers: attractivité et enjeux par Michel DROUET


Chapitre 14. La transition commerciale de la conurbation Gdansk, Gdynia et Sopot: l'impact sur l'espace de l'arrivée des distributeurs étrangers par Robert BOURGAREL


Chapitre 15. Le choc des investissements étrangers dans le vignoble de Tokaj (Hongrie) par Aline BROCHOT et Françoise PLET



TROISIEME PARTIE: LES INVESTISSEMENTS ETRANGERS DANS LES REGIONS DE TRADITION INDUSTRIELLE (FRANCE, EUROPE DE L'OUEST)


Dans les pays industrialisés, et plus encore, dans les régions de tradition industrielle, où les systèmes productifs sont hérités de cycles anciens de développement, les investissements étrangers prennent une signification particulière. Essentiellement industriels, souvent réalisés sous forme de rachats d'entreprises locales en difficulté, ils ont joué un rôle actif dans le processus de restructuration. Cette participation n'est pas dénuée d'ambiguïté: si elle a souvent permis de sauver des entreprises en difficulté (ou de créer des entreprises nouvelles qui contribuent à diversifier des tissus industriels locaux au départ très spécialisés), et si elles ont permis de moderniser des filières de productions devenues obsolètes, cet effort s'est souvent réalisé au détriment de l'emploi (voire des conditions de travail), et au prix d'une perte d'autonomie dans la maîtrise du développement local. Dans les vieilles régions industrielles en restructuration, les investissements étrangers contribuent non seulement à transformer la structure productive locale, mais aussi à modifier la culture industrielle (et ouvrière) locale. Là où, traditionnellement, dominait le poids économique, social, et souvent politique, d'une famille d'industriels, d'une (ou d'un petit nombre de) grande(s) entreprise(s), qui ont imprimé pendant des décennies la marque d'un patronat tout-puissant; là où, à la faveur des difficultés économiques croissantes et de la progressive désindustrialisation pendant les années de crise, l'Etat central s'était progressivement substitué à l'initiative privée, dans maintes régions portuaires, minières, sidérurgiques..., pour assurer à grands frais la pérennité d'un modèle de développement dont la viabilité était désormais remise en cause; les mutations enregistrées dans le courant des années 80 et surtout 90 se sont caractérisées par l'arrivée en force de nouveaux acteurs, et notamment:
- les collectivités locales qui, selon des modalités et des temporalités variant d'une région à l'autre, ont progressivement repris à leur compte la promotion et le leadership du développement local;
- les firmes étrangères qui, en menant la restructuration des entreprises en difficulté, se sont imposées elles aussi comme des acteurs de facto du développement local, en assurant par exemple l'insertion des économies locales dans des circuits internationaux. <


Le chapitre 16 nous présente un exemple qui se situe à la charnière des deuxième et troisième parties: dans un pays dont le développement industriel est relativement récent, la région de Mangualde, où l'entreprise Citroën est implantée depuis une quarantaine d'années, constitue un exemple doublement intéressant. Il permet de comprendre comment à l'intérieur du Portugal, relativement vierge de tradition industrielle, l'existence d'une petite industrie locale a rendu possible l'implantation d'un grand groupe étranger, puis comment, en trois décennies, ce transplant a permis de " fertiliser " le milieu local, qui reste cependant à la merci des velléités du géant français.


Le cas du Lanarkshire, en Ecosse (chapitre 17), montre comment une vieille région industrielle a su, en suivant les règles assez subtiles - voire contradictoires - de la politique thatchérienne de reconversion des pôles industriels en difficulté (par la création d'une "Zone d'entreprises"), inverser la tendance négative des années de crise, sans lever pour autant les incertitudes liées à la forte dépendance externe qui caractérise désormais la conjoncture économique locale.


L'aménagement et la crise du pôle industriel et portuaire de Dunkerque (chapitre 18) constitue un véritable cas d'école. La spectaculaire croissante de ce fleuron de la sidérurgie sur l'eau "à la française/Perroux", étroitement liée à l'action de l'Etat central, n'a laissé qu'une place modeste au cadre entrepreneurial. Autant qu'une crise économique, le marasme qui a frappé cette région depuis la fin des années 70 marque les limites d'un modèle de développement, et le passage vers un autre, qui ne s'est pas encore imposé tout à fait, mais où les investissements étrangers, et plus largement l'initiative privée, jouent désormais un rôle de premier plan.


Enfin, les deux derniers chapitres nous montrent à quel point dans un tissu industriel peu diversifié et fragilisé par des années de crise (le bassin stéphanois dans un cas, une vallée vosgiennes dans l'autre), l'investissement étranger, qui s'inscrit clairement dans une logique de concentration verticale à l'échelle mondiale, peut s'accompagner d'effets pervers et générer autant d'incertitudes que d'espoirs quant au devenir du milieu local. Pour une firme qui cherche à consolider, par croissance externe, une position de monopole (ou de faible concurrence) à l'échelle mondiale, restructurer ne signifie-t-il pas, dans certains cas, déstructurer?



Chapitre 16. L'impact des investissements étrangers au niveau local: l'exemple de Citroën à Mangualde (Portugal) par Rui GAMA


Chapitre 17. Le rôle des investissements étrangers dans la restructuration d'une vieille région industrielle: le cas du Lanarkshire (Ecosse) par E.C. SABOT et I.B. THOMPSON


Chapitre 18. Attractivité, pôle industrialo-portuaire et cadre entrepreneurial à Dunkerque par Jérôme ZIEL


Chapitre 19. L'investissement étranger sur les décombres de Creusot-Loire dans le bassin stéphanois: acteur de recomposition ou facteur de décomposition d'une région anciennement industrialisée ? par Georges GAY


Chapitre 20. Les difficultés imprévues d'une grosse implantation industrielle étrangère: le cas de la papeterie norvégienne Norske Skog à Golbey (Vosges) par Simon EDELBLUTTE



QUATRIEME PARTIE: UNE REGION PEU INDUSTRIALISEE FACE AUX INVESTISSEMENTS ETRANGERS: L'OUEST DE LA FRANCE.


L'ouest de la France, région d'accueil du colloque Investissements étrangers et milieu local, a constitué un espace privilégié dans les communications et les débats. C'est un peu paradoxal, dans la mesure où il s'agit d'une région sans tradition industrielle, éloignée des frontières de l'Europe continentale, ainsi que des grands foyers urbains de France (l'axe Paris-Lyon-Marseille) et d'Europe occidentale (la fameuse dorsale européenne, ou "banane bleue"). Les flux d'investissements - du moins les investissements industriels - y restent modestes. La Bretagne, par exemple, occupe le dernier rang parmi les régions de France métropolitaine pour l'implantation des investissements étrangers.


Les raisons d'un tel retard méritent d'être étudiées, précisément parce qu'elles nous renseignent sur ce qui fait qu'une région peut être attractive - ou répulsive - pour une entreprise étrangère. Par ailleurs, les études de cas portant sur l'ouest de la France, ainsi que la table ronde qui s'est tenue en fin de colloque sur la Bretagne, ont permis d'éclairer sous un jour particulièrement intéressant le rapport qui peut s'établir entre une région, un milieu local, et une (ou des) firme(s) étrangère(s).


Ces entreprises, attirées dans un premier temps par les rares foyers d'industrialisation ancienne (Le Mans, Caen ou le bas estuaire de la Loire), les ont ensuite délaissés, au profit de foyers nouveaux, essentiellement urbains (comme Rennes, Angers, ainsi que l'agglomération nantaise), qui présentaient une série d'avantages comparatifs sortant un peu du registre classique des facteurs de production (la présence de matières premières, l'existence d'une tradition - et donc d'une main d'oeuvre - industrielle locale, les aménités en termes de transports...). Parallèlement, le dynamisme de l'ouest de la France dans le secteur agro-alimentaire a lui aussi attiré de nombreux investissements dans cette filière. Le phénomène a d'ailleurs joué dans les deux sens: de nombreuses entreprises agro-alimentaires locales ont à leur tour investi à l'étranger.


Au total, il ne fait guère de doute, en dehors de quelques contre exemples très limités, que les investissements étrangers ont joué un rôle nettement discriminant dans l'organisation de l'espace régional, favorisant les pôles au départ les plus dynamiques, et délaissant les espaces déjà en difficulté, malgré les efforts des collectivités locales et des élus pour les utiliser dans une perspective d'aménagement - et de rééquilibrage - du territoire.


Les chapitres 21 et 22 s'attachent à décrire les exemples de Caen et du Mans, qui constituent deux cas atypiques, à l'échelle régionale, d'une industrialisation ancienne. Le groupe Philips est dans les deux cas le plus ancien est le plus important investisseur étranger. Mais l'évolution récente montre bien, en dépit d'une localisation favorable et d'une indiscutable tradition industrielle locale, que l'ancrage du groupe reste fragile, que son impact sur le milieu local est nuancé, et qu'il est très difficile d'attirer de nouveaux investisseurs étrangers.


Les deux chapitres suivants portent sur des " régions qui gagnent ", les bassins d'Angers et de Rennes, qui apportent un contrepoint particulièrement intéressant aux cas précédants. En effet, il s'agit de pôles sans tradition industrielle, qui ont pourtant réussi à attirer des investissements spécialisés dans les hautes technologies, au prix d'une longue et ambitieuse politique de promotion et de marketing urbain, et aussi parce qu'ils bénéficiaient d'aménités très représentatives des nouveaux facteurs de productions auxquels sont sensibles les firmes étrangères: qualification et " souplesse " de la main d'oeuvre, qualité des politiques publiques d'accueil, synergie entre la recherche publique et l'industrie, etc.


Les chapitres 25 et 26 permettent d'aborder le cas de l'agro-alimentaire, qui reste le principal pilier de l'économie régionale, et notamment bretonne. Dans ce domaine, les flux d'investissement ont été nombreux, et mieux répartis sur le territoire que les autres IDE. Si les groupes étrangers ont globalement stimulé l'agro-alimentaire breton, ils n'ont pas manqué de porter concurrence aux entreprises locales, mettant parfois en péril ce qui constituait le fleuron du " développement endogène breton ". Le cas de la pêche est plus nuancé: l'internationalisation de la pêche bretonne coïncide, chronologiquement, avec la pire crise que celle-ci ait jamais connu, mais pour autant, il serait inexact de lui en attribuer la responsabilité.


Moins connus, les investissements régionaux à l'étranger font l'objet des deux chapitres suivants. Le chapitre 27 décrit les implantations à l'étranger des entreprises bretonnes, et montrent qu'elles sont étroitement conditionnées par les caractéristiques du milieu local d'origine. Le chapitre 28 se penche sur la question plus délicate - et plus difficile à appréhender - de l'impact des délocalisations sur le milieu de départ, à travers l'exemple du Choletais, qui constitue un exemple bien connu en France de district industriel de la confection et de la mode, au coeur d'une région à caractère rural. Si les délocalisations, sans doute inévitables, ont permis de consolider les firmes qui les ont réalisées (essentiellement des PME), elles n'en ont pas moins porté un coup à l'emploi local.


Pour finir, la table ronde organisée en clôture du colloque a permis de confronter les chercheurs avec les acteurs institutionnels liés à l'implantation des investissements étrangers en Bretagne: élus et politiques, milieux consulaires, représentants des entreprises étrangères. Le riche débat que nous reproduisons ici (chapitre 29) permet de mesurer les forces et les faiblesses avec lesquelles une région comme la Bretagne, relativement excentrée et dénuée de tradition industrielle, doit composer pour séduire les firmes étrangères. Il en ressort que le rôle des collectivités locales est décisif pour contrer le poids des contraintes objectives dont souffre la région, et pour mettre en avant des avantages parfois insoupçonnés.



Chapitre 21. Philips Composants à Caen: réfléxion sur la pérennité des investissements étrangers dans une région périphérique par Jean-Pierre DIGUET


Chapitre 22. L'impact local de la stratégie internationale des firmes: l'exemple du Mans par Rodolphe DODIER


Chapitre 23. Les investissements étrangers dans l'industrie angevine et leur implication territoriale par Pascal CHARRIER


Chapitre 24. Motivations des investissements étrangers dans l'activité électronique en Bretagne et impact sur le milieu local. Le cas du bassin rennais par Sandrine STERVINOU


Chapitre 25. Les investissements étrangers dans l'industrie agroalimentaire en Bretagne par Corentin CANÉVET


Chapitre 26. Une nécessité pour la filière halieutique bretonne: capter des investissements et renforcer sa présence à l'étranger par Jean-René COULIOU


Chapitre 27. Implantations à l'étranger des entreprises bretonnes: un réseau structuré par le milieu local d'origine par Charles TEXIER


Chapitre 28. Les délocalisations dans l'industrie choletaise de la mode et leurs répercussions sur le pays d'origine par Jacques JEANNEAU


Chapitre 29. Table Ronde sur les investissements étrangers en Bretagne (sous la direction de M. Yves MORVAN, Président du Conseil Economique et Social Régional de Bretagne) présentée par René PÉRON<


REVUE PACE / 2000 - Rennes, février 2000

(*) Résume du livre "INVESTISSEMENTS ETRANGERS ET MILIEU LOCAL", Vincent Gouëset (dir.). Rennes, Presses Universitaires de Rennes. Collection "Espace et territoires", 1999, 530 pages, 190 FF, ISBN 2-86847-446-2
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Vincent GOUESET - Universite de Haute Bretagne, Departement de Geographie - UMR ESO (CNRS)

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by admin last modified 2006-01-06 12:26