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La responsabilité partagée dans la lutte contre la corruption (29 janvier 2005, La Tribune)
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d’Echanges et Coopération pour l’Amérique latine, www.cecal.net




Lorsque les scandales de corruption éclatent, des réflexions mettent en exergue les actions des partis politiques, la tolérance des fonctionnaires de l’Etat et la faiblesse des institutions gouvernementales. La classe dirigeante du pays catalogué corrompu est tenue responsable des dysfonctionnements du système politique, mais elle n’est pas la seule.

Dans les diverses modalités de corruption il y a une responsabilité partagée des dirigeants nationaux et internationaux, sans distinction idéologique. Des partisans du marché libre, populistes, de droite ou de gauche, démocrates ou dictateurs, sont soupçonnés d’être complices ou coupables des délits commis lors de la gestion des ressources publiques en profitant du pouvoir. Des politiciens, fonctionnaires et des entrepreneurs peu scrupuleux participent aux financements douteux des campagnes électorales en échange de l’octroi des marchés publics ; ils créent des mécanismes pour blanchir l’argent en provenance des opérations frauduleuses facilitant la fuite des capitaux, le narcotrafic et le trafic d’armes; ils font figurer des emplois fictifs et des entreprises fantômes pour détourner des fonds publics. L’enrichissement dérivé de la corruption n’est pas forcément pour le bénéfice personnel ; il est profitable aussi pour certains partis politiques et secteurs sociaux proches du pouvoir.

La lutte contre la corruption est apparue dans l’agenda politique ces dernières années. Elle est le moyen de pression de certaines ONG et la préoccupation des organisations multilatérales. La Convention Interaméricaine contre la corruption de 1996, celle de l’OCDE de 1999 et des Nations Unies de 2003, viennent compléter les conventions bilatérales et multilatérales en matière d’entraide judiciaire et extradition pour sanctionner les responsables de la corruption.

Quelles sont les circonstances qui créent l’imbroglio juridico – politique dans les cas de corruption favorisant l’impunité? En Amérique latine, pour quoi les anciens Présidents Carlos Salinas de Cortari du Mexique, Alberto Fujimori du Pérou et Carlos Saul Menem d’Argentine ne risquent-ils pas de sanctions pour des actes de corruption ? Tout d’abord, les raisons juridiques. Ils ont pris refuge à l’étranger (Salinas en Irlande, Fujimori au Japon et Menem est resté treize mois au Chili et rentré en décembre, sous caution d’un million de dollars) et les procédures d’entraide judiciaire internationale et d’extradition sont longues, onéreuses et doivent compter avec l’assentiment des gouvernements où se trouvent les fonds illicites et/ou qui accueillent les dirigeants en fuite; de même, les juges et procureurs des pays latino-américains, nommés par les gouvernements en place, ne garantissent pas l’autonomie et l’indépendance des pouvoirs. Ensuite, les raisons politiques. Les trois anciens dirigeants ont été soutenus par les gouvernements occidentaux pour appliquer des mesures économiques néolibérales bouleversant la vie politique des pays ; Salinas a intégré le Mexique à l’ALENA, l’Accord commercial avec les Etats-Unis et le Canada; Fujimori a appliqué des mesures de choc pour contrôler l’hyperinflation et éradiquer le populisme ; Menem a instauré la convertibilité du peso/dollar et a facilité les privatisations. Ces dirigeants ont été remplacés dans un cadre démocratique et essaieront de revenir à la présidence de leurs pays.

La corruption dans la mosaïque des pays de l’Amérique latine ne peut pas s’interpréter en martelant les défaillances du contrôle gouvernemental. L’application des conventions, lois et règlements pour lutter contre la corruption sera efficace pour autant qu’elle considère les réseaux internationaux et la responsabilité partagée des pays. La médiatisation de la politique et la solution juridique aux problèmes politiques tergiversent la corruption liée aux pays pauvres. On ne peut pas continuer à soutenir que le développement des pays dépendra de l’éradication de la corruption. La démocratie et le libéralisme économique, instaurés dans la région, démontrent une autre thèse.


by admin last modified 2008-07-08 12:28