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La démocratie est de retour au Pérou

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La démocratie est de retour au Pérou (le 8 juillet 2001)
Michel CELI VEGAS, Président du Centre d’Echanges et Coopération pour l’Amérique Latine-CECAL, Genève-Suisse, www.cecal.net


L’histoire politique du Pérou s’est transformée radicalement ces douze derniers mois. Après un processus électoral très contesté, qui s’est déroulé en avril et mai de l’année dernière, à la majorité absolue et donc à deux tours, le vainqueur de ces élections, Alberto Fujimori et ses partisans de l’Alliance électorale Pérou 2000, ont été évincés du pouvoir et leurs actions qui ont favorisé la corruption, les violations des droits de l’homme et la destruction des institutions sont passibles de jugements par les tribunaux péruviens.

Alberto Fujimori « El chino » avait gagné les élections en 1990 au deuxième tour face à l’écrivain Mario Vargas Llosa, en se présentant comme une alternative, pour les électeurs déçus des partis politiques traditionnels et du gouvernement d’Alan Garcia Pérez. Dès sa prise de pouvoir, Fujimori avait appliqué des mesures draconiennes pour faire face à l’hyperinflation : élimination complète des subsides entraînant l’augmentation des prix des aliments et de l’électricité (+500%) et de l’essence (3000%). En 1991, le FMI a approuvé son plan de stabilisation économique en recevant la bénédiction de la Banque Mondiale et de la Banque Interaméricaine du Développement. En septembre 1993, Abimael Guzman, le chef du groupe maoïste « Sentier Lumineux » a été arrêté.

En avril 1995, Fujimori remporte les élections, pour un deuxième mandat, face à Javier Pérez de Cuéllar, ancien Secrétaire Général des Nations-Unies. En janvier 1995, éclatait un nouveau conflit avec l’Equateur, lequel se terminait avec un accord de paix en octobre 1998. En décembre 1996, le groupe armé Tupac Amaru a effectué une prise d’otages à l’ambassade du Japon, laquelle s’est résolue en avril 1997 laissant derrière elle quelques victimes malgré tout. En résumé, les deux problèmes (hyperinflation et terrorisme) qui rongeaient le peuple furent apparemment éliminés et les indicateurs macro-économiques présentaient les gouvernements Fujimori comme des exemples de réussite auprès des organismes internationaux.


L’instauration d’une dictature permettant la corruption

Mais à l’intérieur du gouvernement, les alliances avec les militaires adeptes de son « éminence grise », Vladimiro Montesinos, s’établissaient pour permettre l’instauration d’une dictature longue qui contrôlerait toutes les institutions et pouvoirs de l’Etat. Tout était décidé et mis en place par Montesinos, lequel avait établi un réseau parfait de corruption. Les nominations des Ministres, des juges, des procureurs et des hauts fonctionnaires étaient faites par Montesinos, de même que les discours des Ministres, les projets de lois et les lignes directrices des décisions judiciaires. En échange, « Le docteur » comme on appelait cet ancien membre des forces armées évincé pour vendre des secrets militaires, ancien chauffeur de taxi et avocat de narcotrafiquants, qui possède aujourd’hui une fortune colossale, payait des commissions extraordinaires d'origine douteuse, en provenance du narcotrafic, de la privatisation d’entreprises et de l’achat-vente d’armements. Toutes les actions des institutions publiques définies par le Service de l’intelligence Nationale (SIN) étaient dirigées secrètement par Montesinos, lequel ne fera son apparition publique qu’en octobre 1996 suite à des réclamations parlementaires et des forces armées sur sa participation au gouvernement.

L’instauration de la dictature avait commencé avec la suspension des activités parlementaires en avril 1992 et la convocation d’une assemblée pour rédiger une nouvelle Constitution, qui a été approuvée par référendum en octobre 1993 et dans l’élaboration de laquelle n’avaient pas participé les partis traditionnels. Il semblerait aussi que le conflit territorial avec l’Equateur avait été arrangé lors des élections de 1995 permettant de distraire l’opinion publique. Pour se représenter à un troisième mandat, Fujimori a fait approuver une loi interprétative de la nouvelle Constitution, manipulé les résultats des élections et établi le contrôle des médias. Les élections du 2000 se sont réalisées sans la participation des observateurs internationaux, ce qui a poussé le candidat de l’opposition, Alejandro Toledo à se retirer avant le deuxième tour.

La découverte des scandales et la chute du régime

Mais tout excès, toute mascarade démocratique a des limites. Au début de son troisième mandat en juillet 2000, Fujimori avait promis aux Etats-Unis et à l’Organisation d’Etats Américains (OEA) de faire des réformes institutionnelles. Il avait nommé M. Federico Salas, ancien candidat présidentiel au poste de Premier Ministre. Mais les problèmes de gouvernabilité se posèrent au Parlement où malgré les essais de fraude, Fujimori n’avait pas réussi à obtenir une majorité suffisante. Montesinos avait initié des contacts avec certains parlementaires pour les rallier à la majorité de l’Alliance Pérou 2000. Et c’est précisément une vidéo montrant une scène de corruption, présentée par des parlementaires d’opposition en septembre 2000, qui est à l’origine de la chute du régime. A partir de ce fait, le système désigné par Montesinos commença à tomber comme un château de cartes. Fujimori a essayé de distraire aussi l’opinion publique en se présentant aux côtés de Montesinos pour annoncer le démantèlement d’un trafic d’armes en provenance de la Jordanie pour la Colombie ; ce fait a été l’objet d’un scandale qui envenima les relations avec les gouvernements américain et jordanien.

Alors, Fujimori n’eut plus d’autre possibilité que d’annoncer la convocation de nouvelles élections et la désactivation du SIN. La complicité de Fujimori pour protéger Montesinos est apparue au grand jour lors de la demande d’asile politique de ce dernier au gouvernement de la Présidente du Panama, Mireille Moscoso. Après un séjour de 30 jours au Panama, Montesinos a décidé de rentrer au Pérou. Fujimori en utilisant un faux procureur a initié sa recherche dans toutes les casernes de Lima et a même réquisitionné des installations du SIN. Toutes ces actions lui ont permis de gagner du temps pour préparer sa propre fuite du Pérou en même temps qu’il favorisait la fuite de Montesinos. Celui-ci avait préparé un coup d’Etat promulguant Président M. Carlos Boloña, ancien ministre de l’Economie. Heureusement, l’idée du putsch n’avait pas reçu l’approbation de la junte militaire qui luttait déjà contre le pouvoir sans limite de Montesinos.


La démission de Fujimori et le gouvernement transitoire

En novembre passé, Fujimori a fui du Pérou en profitant de l’autorisation qui lui avait été donnée par le Congrès pour participer au Sommet des pays Asie-Pacifique au Brunei. Il s’est rendu au Japon pour y rester en se rappelant soudainement de sa nationalité japonaise, très controversée et qui était un secret d’Etat jusqu’à cette date.

Depuis le Japon, Fujimori a présenté sa démission de la Présidence. Le congrès péruvien ne l’a pas acceptée et, en application de l’article 34 de la Constitution, a décidé de déclarer la vacance de la présidence pour incapacité morale permanente de Fujimori et a nommé Valentin Paniagua, Président du Congrès comme Président ad-interim. Le 23 février, le Congrès a décidé d’entamer la procédure judiciaire pour délit d’abandon de pouvoir.

M. Paniagua, un parlementaire représentant d’Accion Popular, parti de droite qui avait fait partie de l’Alliance FREDEMO de Vargas Llosa en 1990, a du franchir divers pièges tendus par des partisans de Fujimori. Il a nommé Javier Pérez de Cuéllar, pour présider le Conseil des Ministres. Celui-ci a convoqué des représentants académiques et des milieux d’entreprises qui ont une certaine réputation. Paniagua et son gouvernement ont subi des attaques de personnes liées à l’ancien régime argumentant que certains de ses ministres appuieraient la candidature de Toledo, que le Ministre de la Justice avait fait apparaître des vidéos selon sa convenance et que lui-même maintenait encore des relations avec des proches de Fujimori.

Le Pérou essaie de reconstruire ses institutions. Les membres du Tribunal Constitutionnel évincés par Fujimori ont été remis à leurs postes. Le Pérou est revenu à la juridiction de la Cour Internationale des droits de l’homme de Costa Rica. Le Parlement a approuvé une loi contre la corruption. Les tribunaux péruviens ont entamé des procédures judiciaires contre les membres du réseau de Montesinos, accusés d’abus de pouvoir, de détournement de fonds publics, d’enrichissement illicite et de violations des droits de l’homme.

Les « Vladivideos » qui avaient été enregistrées par le SIN pour faire du chantage à ceux qui avaient accepté des fonctions publiques en échange de commissions sous forme de « dessous de table » et qui ne pouvaient changer d’avis, constituent les preuves irréfutables de la corruption au Pérou. Selon des sources proches du gouvernement, il en existerait approximativement 2'000 exemples : un certain nombre a été mis au grand jour et on soupçonne que les plus compromettantes sont parties avec Montesinos et Fujimori.


Les élections programmées pour le mois d’avril

Les partis politiques effacés pendant les gouvernements Fujimori sont de retour. Des observateurs internationaux participeront aux élections du 8 avril pour lesquelles on dénombre 8 candidats à la Présidence et 13 listes parlementaires en lisse. Quatre des candidats à la Présidence étaient déjà actifs dans la vie politique des 15 dernières années : Alejandro Toledo de Perú Posible, Lourdes Flores Nano de Unidad Nacional, Alan Garcia Pérez de l’APRA et Fernando Olivera du Frente Independiente Moralizador. Tout laisse à prévoir qu’il y aura un deuxième tour entre Alejandro Toledo -l’économiste de Stanford, 55 ans - qui a mené la campagne d’opposition contre le gouvernement Fujimori, et qui semblerait ne pas récolter plus de 40% des suffrages et Lourdes Flores Nano -une avocate, 42 ans, parlementaire depuis dix ans- qui représente la grande surprise de ces élections.

Les 15 millions de Péruviens -le vote étant obligatoire ente le 18 et 70 ans- qui voteront ne souhaitent pas se tromper une fois de plus. Mais comme pour toute campagne politique, tout argument peut faire pencher les indécis : la révélation des nouvelles vidéos compromettant les candidats, les attaques personnelles entre eux telles que la non reconnaissance de paternité de Toledo, la revendication de l’image de l’Indien et de la femme ainsi que les mesures contre le néo-libéralisme sont au centre des débats. Un programme défini en faveur des classes défavorisées n’est pas encore prêt.

Les 27 millions de Péruviens attendent que la communauté internationale continue à aider la reconstruction du Pérou et que les actions menées par M. Fujimori conduisant à la violation des droits fondamentaux de la personne, soient punies puisqu’il n’a pas hésite à s’emparer de sa nationalité japonaise pour quitter à jamais le pays. Pour ce qui est de Montesinos, on s’attend à ce qu’aucun gouvernement ou institution complice ne permettent le développement les actions pernicieuses de son réseau de corruption.


by admin last modified 2008-07-08 14:08